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Les cartes sont-elles fausses ?

Il n’y a pas de vraie carte. Toutes ont des déformations. Mais tout est une question de choix : quels aspects vous privilégiez, quels continents vous écrasez… Voici un tour d’horizon des principaux planisphères.

1. Comparaison des projections

L’angle mort des cartes.

Quel est le point commun à toutes ces cartes ?

Elles ont l’équateur fixé en plein milieu, comme si pour faire le tour de la planète il n’y avait qu’un seul axe possible. Or cette fixation sur l’équateur crée des points aveugles : les pôles. Ce sont pourtant des zones essentielles pour comprendre le monde.

Chaque carte fait son choix entre la fidélité aux formes des continents, et la fidélité aux tailles.

  • Projection de Mercator (1569). Formes : 4/4. Tailles : 1/4.
  • Projection Gall-Peters. Formes : 1/4. Tailles : 4/4.
  • Projection équirectangulaire. Formes : 2/4. Tailles : 2/4.
  • Projection de Robinson (NGS 1988-1998). Formes : 3/4. Tailles : 3/4.
  • Projection Winkel Tripel (NGS 1998-2026). Formes : 3/4. Tailles : 3/4.
  • Projection Equal Earth (Union africaine, 2025). Formes : 2/4. Tailles : 4/4.
  • Projection quinconciale de Peirce (1877). Formes : 4/4. Tailles : 3/4.

Mercator (1569) — la carte des marins, devenue par défaut la carte du monde. Excellente sur les formes, désastreuse sur les surfaces.

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2. En vidéo

Le planisphère carré expliqué en vidéo.

Le planisphère est un objet fondamental : voir son pays rétréci ou exagéré, périphérique ou central, joue sur notre vision du monde intime.

Le planisphère carré offre une alternative forte, en phase avec les bouleversements de notre époque, qui enrichit notre compréhension du globe.

A.

Le challenge de la mandarine.

Au fond, faire une carte du globe c’est mettre à plat la peau d’une mandarine : on est obligé de la déchirer. Ce n’est pas très pratique pour représenter les déplacements d’un bout à l’autre du globe. Alors pour éviter les déchirures, les cartographes font comme si la peau était élastique : ils l’étirent dans tous les sens, ce qui crée les grandes déformations que l’on veut éviter.

La Terre représentée comme la peau d’une mandarine pelée et mise à plat, illustrant l’impossibilité de cartographier une sphère sans déchirure

Mais il y a un découpage qui minimise ces déformations : il suffit de couper la peau en croix, et de décoller les 4 coins. On étire ensuite juste au milieu des bords, pour former un carré parfait. Résultat : 1) pas de déchirures, 2) les déformations sont concentrées dans les océans — et non plus sur les terres.

C’est en 1877 que Charles Peirce a inventé ce dépliage. Bien vu !

Dépliage en croix de la peau d’une mandarine étirée en carré, illustrant la projection quinconciale de Peirce (1877)

B.

Changer de point de vue.

Combien y a-t-il de points de vue sur une sphère ? Une infinité. La projection de Peirce est la seule qui permet 8 points de vue différents, par des modulations surprenantes. Ici, vous pouvez choisir de mettre le continent de votre choix au centre du monde, et même voir la planète en format panoramique.

La carte infinie

Sur la quinconce, le centre n’est pas obligé. La carte se pave à l’infini : en déplaçant simplement un cadre sur ce motif, on choisit l’Asie, l’Amérique, le Sud, ou les pôles comme point d’ancrage.

  • Pavage du planisphère carré — image 1 sur 10
  • Pavage du planisphère carré — image 2 sur 10
  • Pavage du planisphère carré — image 3 sur 10
  • Pavage du planisphère carré — image 4 sur 10
  • Pavage du planisphère carré — image 5 sur 10
  • Pavage du planisphère carré — image 6 sur 10
  • Pavage du planisphère carré — image 7 sur 10
  • Pavage du planisphère carré — image 8 sur 10
  • Pavage du planisphère carré — image 9 sur 10
  • Pavage du planisphère carré — image 10 sur 10

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C.

L’histoire d’un regard.

Depuis la nuit des temps les humains se représentent au centre du monde : les Latins nommaient leur mer Mediterraneum, la mer du milieu des terres ; les Chinois nomment leur pays 中国, zhōngguó, littéralement le pays du milieu. Nous appelons même notre planète, couverte de mer aux deux tiers, planète Terre.

Mais quand nous avons accepté que la Terre n’était pas le centre de l’univers, nous avons pu dessiner des cartes spatiales plus justes, où nous ne sommes pas au centre. Il nous reste maintenant à adopter un planisphère plus juste, où nous ne sommes plus au centre du monde.

  1. XIIe siècle

    Invention de la boussole en Chine, qui amènera les cartographes à ne plus « orienter » leurs cartes sur l’Orient mais sur le Nord.

  2. 1569

    Gerardus Mercator projette le globe complet sur un rectangle, avec des parallèles qui aideront les navigateurs à s’orienter. Elle respecte les angles, mais déforme les surfaces — ce qui n’aidera pas les écoliers.

  3. 1877

    Charles Sanders Peirce conçoit une manière inédite de mettre à plat une sphère, sous la forme d’un carré. Ses formes sont excellentes, et ses surfaces très bonnes. Mais en pleine expansion coloniale, ce nouveau cadrage n’intéresse pas l’Occident.

  4. 1943

    Buckminster Fuller publie la projection Dymaxion : un icosaèdre déplié, sans haut ni bas. Ses nombreuses déchirures dans les océans lui permettent une fidélité maximale sur les formes et les surfaces des continents. Une carte stimulante, mais difficile à utiliser.

  5. 1973

    Arno Peters relance le débat public sur la justice cartographique avec sa carte rectangulaire qui montre les vraies proportions de surfaces. Ses importantes distorsions sur les formes des continents seront un frein à sa généralisation.

  6. 2018

    Šavrič, Jenny et Patterson conçoivent la projection Equal Earth pour combiner l’exactitude des proportions de la projection de Peters avec l’équilibre des formes de la Robinson. Cette carte sera promue par l’Union africaine dans son appel à « corriger la carte ».

  7. 2026

    La campagne pour le planisphère carré fait redécouvrir la projection de Peirce aux universitaires et au public, avec ses nombreux avantages scientifiques et symboliques. C’est ici, c’est maintenant.

D.

La 1re carte du monde en Version originale sous-titrée

Comment les pays s’appellent-ils… eux-mêmes ?

Puisqu’on respecte les formes et les tailles des pays, pourquoi ne pas respecter leurs noms ? Découvrez-les dans leur langue et alphabet original, sous-titrés à la fois en français et en phonétique : Version Originale (VO) + [phonétique] + Version Française (VF).

Détail du planisphère carré sur l’Afrique : noms des pays en VO, phonétique et VF

Bonjour le monde !

Et parce qu’une carte ne doit pas servir qu’à situer des États et des conflits, mais plutôt à mettre en lien les humains, cette carte vous apprend à dire Bonjour dans 150 langues du monde : Bonjour + [phonétique] + Nom de la Langue.

Détail du planisphère carré : le mot Bonjour dans 150 langues du monde, avec phonétique et nom de la langue

Des salutations poétiques.

Chaque langue a plusieurs manières de saluer les gens, pas toujours en souhaitant « une bonne journée ». D’ailleurs, le plus souvent, tu salues en disant littéralement « Bonne santé » (sens originel du mot « Salut »).

Le planisphère carré et ses salutations poétiques — différentes manières de se saluer à travers le monde

E.

Sur le terrain.

Le planisphère carré se prête à de nombreux types d’ateliers : axés sur la géographie, la géométrie, les langues, la philosophie… pour les grands comme pour les petits, les chercheurs comme les élèves. Vous pouvez la plier, la découper, la vidéo-projeter, l’éditer à la main ou par logiciel…

« Je vois des gens scotcher sur la carte, parfois ils vont même se chercher une chaise ! »

Irène B. — Médiathécaire

« J’ai cru qu’on nous avait menti, Monsieur ! En fait, y’a pas une seule vraie carte ? »

Lucia D. — Collégienne

« Je m’étais jamais demandé comment les pays s’appellent… eux-mêmes. »

Sacha V. — Fan de cartes

« Avec les pliages et découpages, les élèves rentrent vraiment dedans et comprennent. »

Alexandre R. — Enseignant d’histoire-géographie